LTF-Cover-WEB-1500x1500.png

Michel Magne & le son des Tontons !


La musique du film LES TONTONS FLINGUEURS, tout autant que celle de James Bond est reconnaissable dès les premières notes. Une petite ritournelle qui parvient même à trotter dans la tête des gamins du XXIe siècle. Les musicologues appellent monothématisme les variations stylistiques autour d’un seul thème musical que l’on retrouve dans Les Tontons : au banjo, lors des séances de « bourre pif », en gloria, en jazz, en blues ou en Hully Gully.


La bande son des Tontons Flingueurs semble, de prime abord, plutôt accrocheuse et accessible, mais elle se révèle être un véritable exercice de style. À la lecture de l’autobiographie de Michel Magne « L’amour de vivre », on comprend mieux ce parti pris esthétique, capable de réunir musiques populaires et expérimentations sonores. Dans le film, le personnage d’Antoine Delafoy, fiancé de Patricia (la fille du « Mexicain ») interprété par Claude Rich est la parodie de Michel Magne. Il imite un musicien contemporain qui cherche à l’aide d’un robinet à obtenir « l’anti-accord absolu ». « On ne sait pas vraiment ce que c’est, mais c’est amusant ».

 

Dans la réalité, bien qu’ayant reçu une formation classique, Michel Magne s’intéressa à l’avant-garde. C’est ainsi que le 15 juillet 1954, il organisa un concert d’infra-sons à la salle Gaveau. Des fréquences sonores qui donnèrent envie au public de courir comme un seul homme aux toilettes. Le 3 décembre 1956 toujours avec ses infrasons, il participa à un spectacle « empirique » au Théâtre des Trois Baudets en compagnie d’Alexandro Jodorowsky, Jean Michel Rankovitch et Tinguely. Parallèlement, il compose des chansons sur des textes écrits par Françoise Sagan pour Moloudji. Toujours cette volonté transversale de naviguer dans tous les genres. En 1959, il enregistre un album de « musiques tachistes » dont une représentation sur des chorégraphies est donnée par Michel Descombey. Le goût pour la provocation et l’avant-garde n’empêchait pas Michel Magne de se révéler arrangeur et compositeur populaire. C’est ainsi qu’il composa six musiques de films pour Georges Lautner dont les célèbres Tontons Flingueurs en 1963.

 

Alors qu’il évoluait dans le monde de l’avant-garde et des chevelus, que pouvait- il bien penser de Michel Audiard ? Être éminemment sympathique mais échaudé par les tenants de la nouvelle vague dont le journaliste Henry Chapier, qui avait qualifié le film des Tontons Flingueurs de « cinéma de chansonnier » (dans Combat en 1963), destiné, d'après lui, à des quinquagénaires blasés. Ce à quoi Audiard avait répondu à Truffaut, un autre de ses contempteurs : « Le cinéma de papa faisait le plein, le cinéma de fiston fait le vide. On aurait dû se méfier : avec une appellation à consonance balnéaire, la Nouvelle Vague a envoyé des millions de spectateurs dans la nature ». Entre efficacité mélodique, tonalité et arrangements « culottés », Michel Magne mérite qu’on écoute son travail avec des oreilles neuves, débarrassées des clichés !

 

Jean-Emmanuel Deluxe – Rouen – Octobre 2019

Auteur de nombreux ouvrages dont les Filles de la pop & Tricatel Universalis. Il écrit pour Rock & Folk, Citizen K, Schnock et Shindig. Il gère également le label Martyrs of Pop ainsi que son propre projet musical.