« Coup de tête », un film qui, une fois vu, ne vous quitte plus jamais. N’est-ce pas la substance d’un culte ? Le personnage de François Perrin interprété par Patrick Dewaere, footballeur du club de Trincamp est un héros romantique, seul être pur en butte à l’hostilité et à la mesquinerie des notables ainsi que de la populace d’une ville de la « France d’en bas ». Un rôle qui colle comme une deuxième peau à son interprète dont la biographie nous prouve qu’il était lui-même en quête d’absolu et bien incapable de s’accommoder des « petits arrangements » qu’impose l’âge  « adulte». Le thème principal du long-métrage de Jean-Jacques Annaud lui aussi continue de vous hanter bien après son visionnage. Véritable coup de génie qui à l’instar des thèmes du Troisième Homme ou de Macadam Cowboy sont indissociables de leurs anti-héros.

 

Quand on cite le nom de Pierre Bachelet, l’auditeur moyen pense aux Corons ou à L’an 2001. Ce sont pourtant des arbres qui cachent une forêt de compositions pour le cinéma dont les plus célèbres ont pour nom Emmanuelle, Histoire d’O et Gwendoline. Les plus curieux savourent également ses enregistrements pour le projet Resonance dont l’album de 1976 est un ovni de Disco progressif produit en France mais calibré pour l’international et qui surtout annonce la French Touch trente ans plus tôt. Nuls doutes que Thomas Bangalter de Daft Punk a dû écouter cet album par l’entremise de son père producteur de Cosmic disco, Daniel Vangarde.

Pierre Bachelet avec son thème de « Coup de Tête » qu’il décline tout le long de sa B.O. parvient à retranscrire ce spleen provincial à l’horizon bouché par des dimanches sans fin d’où surnage le romantisme du héros dewaerien, symbole de l’écorché vif. Jeune adulte post soixante huitard revenu de tout. Jean Bouise alias Sivardière quand il lance : « J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents autres qui n’attendent qu’une occasion de s’agiter. » résume bien toute la tristesse en polyester de cette France périphérique de la fin des années soixante-dix. Mais hauts les coeurs ! Il y a cette musique entêtante taillée sur mesure pour Dewaere qui nous rappelle que parfois l’individu et son fol espoir triomphent de la masse. En avant Trincamp !

 

Jean-Emmanuel Deluxe – Rouen – Février 2019

Auteur de nombreux ouvrages dont les Filles de la pop & Tricatel Universalis. Il écrit pour Rock & Folk, Citizen K, Schnock et Shindig. Il gère également le label Martyrs of Pop ainsi que son propre projet musical.

"Coup de tête", is the kind of movie that, once you’ve watched it, never leaves you, ever. Isn't that the substance of a cult? François Perrin is the main character is portrayed by Patrick Dewaere, a football player of Trincamp club who is essentially a romantic hero, the only pure at heart in the face of hostility and meanness from the elders and the populace of a city in the "France from below". A role that fits like a second skin to his interpreter whose biography proves to us that he too was in search of an absolute and quite unable to accommodate with the "small arrangements" imposed by "adult" age. The main theme of Jean-Jacques Annaud’s film too continues to haunt you long after its viewing. A real stroke of genius that, like the themes of the Third Man or Macadam Cowboy, are inseparable from their anti-heroes.

 

When we mention Pierre Bachelet's name, the average listener thinks of songs like Les Corons or L’An 2001. Yet these are the trees hiding a forest of compositions for the cinema industry, the most famous of which were written for films such as Emmanuelle, Histoire d'O and Gwendoline. The most curious ones also enjoy his recordings for the Resonance project whose 1976 album is a Disco UFO produced in France but calibrated for international markets and which above all announces the French Touch, just thirty years earlier. One can guess  that Thomas Bangalter of Daft Punk got his hands on this album through his father, Daniel Vangarde, producer of cosmic disco.

 

Pierre Bachelet with his "Coup de Tête" theme that he declines throughout his soundtrack manages to transcribe this provincial spleen where the horizon is blocked by endless Sundays during which thrives the romanticism of the Dewaerian hero, symbol of the living skinned, the young blazé adult post May 1968. Jean Bouise alias Sivardière when he says: "I maintain eleven fools to make them calm down eight hundred others who are just waiting for an opportunity to to get agitated. "sums up well all the polyester sadness of this Peripheral France at the end of the 1970s. But cheer up! There's this heady music made to measure for Dewaere who reminds us that sometimes the individual and his madman hope triumphs over the mass. En avant Trincamp !